Daniel Keller (GODF) : « La République est fondamentalement maçonnique »

keller-daniel-bbr-rl-300x254Daniel Keller a été réélu « Grand Maître » du Grand Orient de France (GODF) avec 29 voix et 5 bulletins blancs au soir du premier jour du « Convent » qui se tenait à Reims du 27 au 29 août 2015.

A la tête de l’une des plus importante obédience maçonnique, Daniel Keller a rappelé que la République et la franc-maçonnerie sont intrinsèquement liées.

Voici à ce sujet un extrait du discours prononcé par Daniel Keller le 27 août :

«Dans un moment où la société cherche des boucs émissaires, le GODF se doit d’être présent pour rappeler inlassablement les valeurs fondamentales de la République. Le GODF est une institution DE la République et aussi DANS la République.

La Franc-Maçonnerie a fortement contribué à la naissance et à l’implantation de la République. Que l’on pense simplement à quelques Grands Hommes tels que Léon Bourgeois, Jean Zay, Mendes-France, Gambetta, Jules Ferry, tous maçons.

La République est fondamentalement maçonnique à travers l’affirmation laïque de la liberté de conscience et du refus des pressions dogmatiques, permettant l’affirmation de l’intérêt général au service des plus faibles. »

« Qui pluribus » – Pie IX

Lettre encyclique de S.S. PIE IX du 9 novembre 1846
à tous les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques

Qui pluribus

Nous qui, depuis un nombre d’années assez considérable, Nous livrions comme Vous, selon toute la mesure de Nos forces, à l’accomplissement de cette charge épiscopale si pleine de travaux et de sollicitude de tout genre ; Nous, qui Nous efforcions de diriger et de conduire sur les monts d’Israël, aux bords des eaux vives, dans les pâturages les plus féconds, la portion du troupeau du Seigneur confiée à Nos soins ; Nous voici, par la mort de Grégoire XVI, notre très illustre prédécesseur, et dont la postérité, saisie d’admiration pour sa mémoire, lira les glorieux actes inscrits en lettres d’or dans les fastes de l’Église ; Nous voici porté au faîte du Suprême Pontificat, par un dessein secret de la divine Providence, non seulement contre toute prévision et toute attente de Notre part, mais au contraire avec l’effroi et la perturbation extrêmes qui alors saisirent Notre âme. Si, en effet, et à toutes les époques, le fardeau du ministère apostolique a été et doit être toujours justement considéré comme extrêmement difficile et périlleux, c’est bien certainement de nos jours et de notre temps, si remplis de difficultés pour l’administration de la république chrétienne, qu’on doit le regarder comme extrêmement redoutable. Aussi, bien pénétré de Notre propre faiblesse, au premier et seul aspect des imposants devoirs de l’Apostolat suprême, surtout dans la conjoncture si difficile des circonstances présentes, Nous nous serions abandonné entièrement aux larmes et à la plus profonde tristesse, si Nous n’avions promptement fixé toute Notre espérance en Dieu. notre salut, qui ne laisse jamais défaillir ceux qui espèrent en Lui, et qui, d’ailleurs, jaloux de montrer de temps à autre sa toute puissance, se plaît à choisir pour gouverner son Église les instruments les plus faibles, afin que de plus en plus tous les esprits soient amenés à reconnaître que c’est Dieu Lui-même, par son admirable Providence, qui gouverne et défend son Église. D’ailleurs, ce qui Nous console et soutient aussi considérablement notre courage, Vénérables Frères, c’est que, en travaillant au salut des âmes, Nous pouvons Vous compter comme Nos associés et Nos coadjuteurs, Vous qui, par vocation, partagez Notre sollicitude, et Vous efforcez, par Votre zèle et Vos soins sans mesure, de remplir Votre saint ministère et de soutenir le bon combat.

Assis, malgré Notre peu de mérite, sur ce siège suprême du prince des apôtres, à peine avons Nous reçu en héritage, dans la personne du bienheureux apôtre Pierre, cette charge si auguste et si grave, divinement accordée par le prince éternel au souverain de tous les pasteurs, de paître et de gouverner, non seulement les agneaux, c’est-à-dire tout le peuple chrétien, mais aussi les brebis, c’est-à-dire les chefs du troupeau eux-mêmes ; non, rien certainement n’a plus vivement excité Nos vœux et Nos désirs les plus pressants, que de Vous adresser les paroles qui Nous sont suggérées par les plus intimes sentiments de notre affection.

C’est pourquoi, venant à peine de prendre possession du suprême pontificat dans notre basilique de Latran, selon l’usage et l’institution de nos prédécesseurs, sur le champ Nous Vous adressons les présentes lettres dans le but d’exciter encore Votre piété, déjà si éminente ; et afin que, par un surcroît de promptitude, de vigilance et d’effort, Vous souteniez les veilles de la nuit autour du troupeau confié à vos soins, et que, déployant la vigueur et la fermeté épiscopales dans le combat contre le plus terrible ennemi du genre humain, vous soyez pour la maison d’Israël cet infranchissable rempart qu’offrent seuls les valeureux soldats de Jésus Christ.

Personne d’entre vous n’ignore, Vénérables Frères, dans notre époque déplorable, cette guerre si terrible et si acharnée qu’à machinée contre l’édifice de la foi catholique cette race d’hommes qui unis entre eux par une criminelle association, ne pouvant supporter la saine doctrine, fermant l’oreille à la vérité, ne craignent pas d’exhumer du sein des ténèbres, où elles étaient ensevelies, les opinions les plus monstrueuses, qu’ils entassent d’abord de toutes leurs forces, qu’ils étalent ensuite et répandent dans tous les esprits à la faveur de la plus funeste publicité. Notre âme est saisie d’horreur, et Notre cœur succombe de douleur, lorsque Nous nous rappelons seulement à la pensée toutes ces monstruosités d’erreurs, toute la variété de ces innombrables moyens de procurer le mal ; toutes ces embûches et ces machinations par lesquelles ces esprits ennemis de la lumière se montrent artistes si habiles à étouffer dans toutes les âmes le saint amour de la piété, de la justice et de l’honnêteté ; comment ils parviennent si promptement à corrompre les mœurs, à confondre ou à effacer les droits divins et humains, à saper les bases de la société civile, à les ébranler, et, s’ils pouvaient arriver jusque là, à les détruire de fond en comble.

Car, Vous le savez bien, Vénérables Frères, ces implacables ennemis du nom chrétien, tristement entraînés par on ne sait quelle fureur d’impiété en délire, ont poussé l’excès de leurs opinions téméraires à ce point d’audace, jusque là inouï, qu’ils n’ouvrent leur bouche que pour vomir contre Dieu des blasphèmes ; qu’ouvertement et par toutes les voix de la publicité, ils ne rougissent pas d’enseigner que les sacrés mystères de notre religion sont des fables et des inventions humaines, que la doctrine de l’Église catholique est contraire au bien et aux intérêts de la société. Ils vont plus loin encore : ils ne redoutent pas de nier le Christ et jusqu’à Dieu Lui-même. Pour fasciner encore plus aisément les peuples, pour tromper surtout les esprits imprévoyants et les ignorants, et les entraîner avec eux dans les abîmes de l’erreur, ils osent se vanter d’être les seuls en possession de la connaissance des véritables sources de la prospérité ; ils n’hésitent pas à s’arroger le nom de philosophes, comme si la philosophie, dont l’objet est de rechercher et d’étudier la vérité de l’ordre naturel, devait rejeter avec dédain tout ce que le Dieu suprême et très clément, l’auteur de toute la nature, par un effet spécial de sa bonté et de sa miséricorde, a daigné manifester aux hommes pour leur véritable bonheur et pour leur salut.

C’est pour cela qu’employant une manière de raisonner déplacée et trompeuse, ils ne cessent d’exalter la force et l’excellence de la raison humaine, de vanter sa supériorité sur la foi très sainte en Jésus Christ, et qu’ils déclarent audacieusement que cette foi est contraire à la raison humaine. Non, rien ne saurait être imaginé ou supposé de plus insensé, de plus impie et de plus contraire à la raison elle-même.

Car, bien que la foi soit au-dessus de la raison, jamais on ne pourra découvrir qu’il y ait opposition et contradiction entre elles deux; parce que l’une et l’autre émanent de ce Dieu très excellent et très grand, qui est la source de la vérité éternelle. Elles se prêtent bien plutôt un tel secours mutuel que c’est toujours à la droite raison que la vérité de la foi emprunte sa démonstration, sa défense et son soutien les plus sûrs ; que la foi, de son côté, délivre la raison des erreurs qui l’assiègent, qu’elle l’illumine merveilleusement par la connaissance des choses divines, la confirme et la perfectionne dans cette connaissance.

Les ennemis de la révélation divine, Vénérables Frères, n’ont pas recours à des moyens de tromperie moins funestes lorsque, par des louanges extrêmes, ils portent jusqu’aux nues les progrès de l’humanité. Ils voudraient, dans leur audace sacrilège, introduire ce progrès jusque dans l’Église catholique : comme si la religion était l’ouvrage non de Dieu, mais des hommes, une espèce d’invention philosophique à laquelle les moyens humains peuvent surajouter un nouveau degré de perfectionnement.

Jamais hommes si déplorablement en délire ne méritèrent mieux le reproche que Tertullien adressait aux philosophes de son temps : « Le christianisme que vous mettez en avant, n’est autre que celui des stoïciens, des platoniciens et des dialecticiens ».

En effet, notre très sainte religion n’ayant pas été inventée par la raison, mais directement manifestée aux hommes par Dieu, tout le monde comprend aisément que cette religion, empruntant toute sa force et sa vertu de l’autorité de la Parole de Dieu Lui-même, n’a pu être produite et ne saurait être perfectionnée par la simple raison. Donc, pour que la raison humaine ne se trompe ni ne s’égare dans une affaire aussi grave et de cette importance, il faut qu’elle s’enquière soigneusement du fait de la révélation, afin qu’il lui soit démontré, d’une manière certaine, que Dieu a parlé, et qu’en conséquence, selon le très sage enseignement de l’apôtre, elle lui doit une soumission raisonnable. Mais qui donc ignore ou peut ignorer que, lorsque Dieu parle, on lui doit une foi entière, et qu’il n’y a rien de plus conforme à la raison elle-même, que de donner son assentiment et de s’attacher fortement aux vérités incontestablement révélées par Dieu, qui ne peut ni tromper ni se tromper ?

Et combien nombreuses, combien admirables, combien splendides sont les preuves par lesquelles la raison humaine doit être amenée à cette conviction profonde : que la religion de Jésus Christ est divine, et qu’elle a reçu du Dieu du ciel la racine et le principe de tous ses dogmes, et que par conséquent il n’y a rien au monde de plus certain que notre foi, rien de plus sûr ni de plus vénérable et qui s’appuie sur des principes solides. C’est cette foi qui est la maîtresse de la vie, le guide du salut, le destructeur de tous les vices, la mère et la nourrice féconde de toutes les vertus ; consolidée par la naissance, la vie, la mort, la résurrection, la sagesse, les prodiges et les prophéties de son divin auteur et consommateur, Jésus Christ; répandant de tous côtés l’éclat de sa doctrine surnaturelle, enrichie des trésors inépuisables et vraiment célestes de tant de prophéties inspirées à ses prophètes, du resplendissant éclat de ses miracles, de la constance de tant de martyrs, de la gloire de tant de saints personnages. De plus en plus insigne et remarquable, elle porte partout les lois salutaires de Jésus Christ ; et de jour en jour acquérant et puisant sans cesse de nouvelles forces dans les persécutions les plus cruelles, armée du seul étendard de la croix, elle conquiert l’univers entier, et la terre et la mer, depuis le levant jusqu’au couchant ; et, après avoir renversé les trompeuses idoles, dissipé les ténèbres épaisses de l’erreur, triomphé des ennemis de toute espèce, elle a répandu les bienfaisants rayons de sa lumière sur tous les peuples, sur toutes les nations et sur tous les pays, quel que fût le degré de férocité de leurs mœurs, de leur naturel et de leur caractère barbare, les courbant sous le joug si suave de Jésus Christ, et annonçant à tous la paix et le bonheur.

Certes, toutes ces magnificences resplendissent assez de toute part de l’éclat de la puissance et de la sagesse divines, pour que toute pensée et toute intelligence puissent saisir promptement et comprendre facilement que la foi chrétienne est l’œuvre de Dieu.

Donc, d’après ces splendides et inattaquables démonstrations, la raison humaine est amenée à ce point qui l’oblige à reconnaître clairement et manifestement que Dieu est l’auteur de cette même foi ; la raison humaine ne saurait s’avancer au-delà ; mais, rejetant et écartant toute difficulté et tout doute, elle doit à cette même foi une soumission sans réserve, puisqu’elle est elle-même assurée que tout ce que la foi propose aux hommes de croire et de pratiquer, tout cela vient de Dieu.

On voit donc manifestement dans quelle erreur profonde se roulent ces esprits qui, abusant de la raison et regardant les oracles divins comme des produits de l’homme, osent les soumettre à l’arbitrage de leur interprétation particulière et téméraire. Puisque Dieu Lui-même a établi une autorité vivante, laquelle devait fixer et enseigner le véritable et légitime sens de sa révélation céleste, et mettrait fin, par son jugement infaillible, à toutes les controverses soit en matière de foi, soit en matière de mœurs, et tout cela afin que les fidèles ne fussent pas entraînés à tout vent dans les fausses doctrines, ni enveloppés dans les immenses filets de la malice et des aberrations humaines. Cette autorité vivante et infaillible n’est en vigueur que dans cette seule Église que Jésus Christ a établie sur Pierre, le chef, le prince et le pasteur de toute l’Église, auquel il a promis que sa foi ne serait jamais en défaillance ; l’Église constituée de manière qu’elle a toujours à sa tête et dans sa chaire immuable ses Pontifes légitimes, lesquels remontent, par une succession non interrompue, jusqu’à l’apôtre Pierre, et jouissent comme lui du même héritage de doctrine, de dignité, d’honneur et de puissance sans rivale. Et comme là où est Pierre, là est l’Église ; comme Pierre parle par la bouche du Pontife romain, qu’il est toujours vivant dans ses successeurs, qu’il exerce le même jugement, et transmet la vérité de la foi à ceux qui la demandent, il s’ensuit que les divins enseignements doivent être acceptés dans le même sens qu’y attache et y a toujours attaché cette Chaire romaine, Siège du bienheureux Pierre, la mère et la maîtresse de toutes les Églises, qui a toujours conservé inviolable et entière la foi donnée par le Seigneur Jésus Christ ; qui l’a toujours enseignée aux fidèles, leur montrant à tous le chemin du salut et l’incorruptible doctrine de la Vérité.

Cette Église est donc l’Église principale où l’unité sacerdotale a pris son origine, elle est la métropole de la piété, et dans laquelle reste toujours entière et parfaite la solidité de la religion chrétienne ; toujours on y a vu florissant le Principat de la Chaire apostolique vers laquelle toute l’Église, c’est-à-dire tous les fidèles répandus sur la terre doivent nécessairement accourir, à raison de sa principauté suréminente, Église sans laquelle quiconque ne recueille pas, disperse.

Nous donc qui avons été placé, par un impénétrable jugement de Dieu, sur cette Chaire de Vérité, nous venons exciter très vivement dans le Seigneur votre piété si remarquable, Vénérables Frères, afin que Vous renouveliez tous vos efforts, Votre sollicitude et Vos soins, avertissant et exhortant continuellement tous les fidèles confiés à Votre vigilance, que chacun d’eux, fermement attaché à ces principes, ne se laisse jamais tromper ni attirer par l’erreur de ces hommes abominables dans leurs recherches, qui ne s’appliquent, en cette étude et dans la poursuite du progrès humain, qu’à la destruction de la foi, qui ne veulent, dans leurs efforts impies, que soumettre cette foi à la raison de l’homme, et ne reculent pas devant l’audace de faire injure à Dieu Lui-même, après qu’Il a daigné, dans sa clémence et par Sa divine religion, pourvoir au bien et au salut des hommes.

Mais Vous connaissez encore aussi bien, Vénérables Frères, les autres monstruosités de fraudes et d’erreurs par lesquelles les enfants de ce siècle s’efforcent chaque jour de combattre avec acharnement la religion catholique et la divine autorité de l’Église, ses lois non moins vénérables ; comment ils voudraient fouler également aux pieds les droits de la puissance sacrée et de l’autorité civile. C’est à ce but que tendent ces criminels complots, contre cette Église romaine, siège du bienheureux Pierre, et dans laquelle Jésus Christ a placé l’indestructible fondement de toute son Église. Là tendent toutes ces sociétés secrètes sorties du fond des ténèbres pour ne faire régner partout, dans l’ordre sacré et profane, que les ravages et la mort ; sociétés clandestines si souvent foudroyées par l’anathème des Pontifes romains nos prédécesseurs dans leurs Lettres apostoliques, lesquelles Nous voulons en ce moment même confirmer et très exactement recommander à l’observation par la plénitude de Notre puissance apostolique.

C’est encore le but que se proposent ces perfides sociétés bibliques, lesquelles, renouvelant les artifices odieux des anciens hérétiques, ne cessent de produire contre les règles si sages de l’Église, et de répandre parmi les fidèles les moins instruits les livres des saintes Écritures traduits en toute espèce de langues vulgaires, et souvent expliquées dans un sens pervers, consacrant à la distribution de ces milliers d’exemplaires des sommes incalculables, les répandant partout gratuitement, afin qu’après avoir rejeté la tradition, la doctrine des Pères et l’autorité de l’Église catholique, chacun interprète les oracles divins selon son jugement propre et particulier, et tombe ainsi dans l’abîme des plus effroyables erreurs. Animé d’une juste émulation du zèle et des saints exemples de ses prédécesseurs, Grégoire XVI, de sainte mémoire, et dont Nous avons été constitué le successeur, malgré l’infériorité de Notre mérite, a condamné par ses Lettres apostoliques les mêmes sociétés secrètes que Nous entendons aussi déclarer condamnées et flétries par Nous.

C’est encore au même but que tend cet horrible système de l’indifférence en matière de religion, système qui répugne le plus à la seule lumière naturelle de la raison. C’est par ce système, en effet, que ces subtils artisans de mensonge, cherchent à enlever toute distinction entre le vice et la vertu, entre la vérité et l’erreur, entre l’honneur et la turpitude, et prétendent que les hommes de tout culte et de toute religion peuvent arriver au salut éternel : comme si jamais il pouvait y avoir accord entre la justice et l’iniquité, entre la lumière et les ténèbres, entre Jésus Christ et Bélial.

C’est à ce même but encore que tend cette honteuse conjuration qui s’est formée nouvellement contre le célibat sacré des membres du clergé, conspiration qui compte, ô douleur ! parmi ses fauteurs quelques membres de l’ordre ecclésiastique, lesquels, oubliant misérablement leur propre dignité, se laissent vaincre et séduire par les honteuses illusions et les funestes attraits de la volupté. C’est là que tend ce mode pervers d’enseignement, spécialement celui qui traite des sciences philosophiques, et par lequel, d’une manière si déplorable, on trompe et l’on corrompt une imprévoyante jeunesse, lui versant le fiel du dragon dans la coupe de Babylone. à ce même but tend cette exécrable doctrine destructrice même du droit naturel et qu’on appelle le communisme, laquelle, une fois admise, ferait bientôt disparaître entièrement les droits, les intérêts, les propriétés et jusqu’à la société humaine ; là tendent aussi les embûches profondément ténébreuses de ceux qui cachent la rapacité du loup sous la peau de la brebis, s’insinuent adroitement dans les esprits, les séduisent par les dehors d’une piété plus élevée, d’une vertu plus sévère ; les liens qu’ils imposent sont à peine sensibles, et c’est dans l’ombre qu’ils donnent la mort ; ils détournent les hommes de toute pratique du culte ; quand ils ont égorgé les brebis du Seigneur, ils en déchirent les membres.

C’est là enfin, pour ne point énumérer ici tous les maux qui Vous sont si bien connus, c’est à ce but funeste que tend cette contagion exécrable de petits livres et de volumes qui pleuvent de toutes parts, enseignant la pratique du mal ; composés avec art, pleins d’artifice et de tromperie, répandus à grands frais dans tous les lieux de la terre, pour la perte du peuple chrétien, ils jettent partout les semences des funestes doctrines, font pénétrer la corruption, surtout dans les âmes des ignorants, et causent à la religion les pertes les plus funestes. Par suite de cet effroyable débordement d’erreurs partout répandues, et aussi par cette licence effrénée de tout penser, de tout dire, et de tout imprimer, les mœurs publiques sont descendues à un effroyable degré de malice ; la très sainte religion de Jésus Christ est méprisée ; l’auguste majesté du culte divin dédaignée ; l’autorité du saint Siège apostolique renversée ; le pouvoir de l’Église sans cesse attaqué et réduit aux proportions d’une humiliante servitude ; les droits de évêques foulés aux pieds, la sainteté du mariage violée, l’administration de l’une et de l’autre puissance universellement ébranlée ; tels sont entre autres, Vénérables Frères, les maux qui dévorent la société civile et religieuse, et que Nous sommes obligé de déplorer aujourd’hui en mêlant Nos larmes avec les Vôtres.

Au milieu donc de ces grandes vicissitudes de la religion, des événements et des temps, vivement préoccupé du salut de tout le troupeau divinement confié à Nos soins, dans l’accomplissement de la charge de Notre ministère apostolique, soyez assurés que Nous n’omettrons ni tentatives, ni efforts pour assurer le bien spirituel de la famille entière des chrétiens. Nous venons cependant exciter aussi dans le Seigneur toute l’ardeur de Votre piété, déjà si remarquable, toute Votre vertu et toute Votre prudence.

Comme Nous, appuyés sur le secours d’en haut, défendez avec Nous et valeureusement, Vénérables Frères, la cause de l’Église, fermes au poste qui Vous est confié, et soutenant la dignité qui Vous distingue. Vous comprenez que la combat sera rude, car Vous n’ignorez point le nombre et la profondeur des blessures qui accablent l’Épouse Immaculée de Jésus Christ, et quelles dévastations terribles ses ennemis acharnés lui font éprouver.

Or, Vous savez parfaitement que le premier devoir de Votre charge est d’employer Votre force épiscopale à protéger et à défendre la foi catholique, à veiller avec le soin le plus extrême à ce que le troupeau qui Vous est confié demeure ferme et inébranlable dans la foi, sans la conservation entière et inviolable de laquelle il périrait certainement pour l’éternité. Ainsi ayez donc le soin le plus grand de défendre et de conserver cette foi selon Votre sollicitude pastorale, et ne cessez jamais d’en instruire tous ceux qui Vous sont confiés, de confirmer les esprits chancelants, de confondre les contradicteurs, de fortifier les faibles, ne dissimulant ou ne souffrant rien qui puisse paraître, le moins du monde, blesser la pureté de cette foi. Avec le même courage et la même fermeté, Vous devez favoriser l’union et l’attachement de tous les cœurs à cette Église catholique, hors de laquelle il n’y a point de salut ; la soumission à cette Chaire de Pierre sur laquelle repose, comme sur le plus inébranlable fondement, tout le majestueux édifice de notre très sainte religion. Employez la même constance à veiller à la conservation des très saintes lois de l’Église, par lesquelles vivent et fleurissent parfaitement la vertu, la religion et la piété.

Mais comme c’est une preuve incontestable de grande pitié que de signaler les ténébreux repères des impies et de vaincre en eux le démon, leur maître, Nous Vous en conjurons, employez toutes les ressources de Votre Zèle et de Vos travaux à découvrir aux yeux du peuple fidèle toutes les embûches, toutes les tromperies, toutes les erreurs, toutes les fraudes et toutes les manœuvres des impies ; détournez avec grand soin ce même peuple de la lecture de tant de livres empoisonnés, et enfin exhortez assidûment le peuple fidèle à fuir, comme à l’aspect du serpent, les réunions et les sociétés impies, afin qu’il parvienne ainsi à se préserver très soigneusement du contact de tout ce qui est contraire à la foi, à la religion et aux bonnes mœurs.

Pour obtenir de tels résultats, gardez Vous bien de cesser un instant de prêcher le Saint Évangile ; car c’est une telle instruction qui fait croître le peuple chrétien dans la science de Dieu et dans la pratique de plus en plus parfaite de la très sainte loi du christianisme ; par là, il sera détourné du mal et marchera dans les voies du Seigneur.

Et puisque Vous savez que Vous remplissez la charge de Jésus Christ, lequel se déclara doux et humble de cœur, qui vint sur la terre, non pour appeler les justes, mais les pécheurs, nous laissant son exemple, afin que nous imitions sa vie et marchions sur ses pas ; ne négligez jamais, toutes les fois que Vous découvrirez quelques délinquants dans la voie des préceptes du Seigneur, et lorsque Vous les verrez s’éloigner du sentier de la justice et de la vérité, ne négligez jamais d’employer auprès d’eux les avertissements de la tendresse et de la mansuétude d’un père ; et, afin de les corriger, reprenez les par de salutaires conseils ; dans vos instances, comme dans vos reproches, employez toujours les officieuses ressources de la bonté, de la patience et de la doctrine ; car il est démontré que, pour corriger et réformer les hommes, la bonté a souvent plus de puissance que la sévérité, l’exhortation l’emporte sur la menace, et la charité va plus loin que la puissance.

Joignez encore tous Vos efforts, Vénérables Frères, pour obtenir un autre résultat important, savoir, que les fidèles aiment la charité, fassent régner la paix entre eux et pratiquent avec soin tout ce qui sert à l’entretien de cette charité et de cette paix. Par là, il n’y aura plus de dissensions, d’inimitiés ni de rivalités, mais tous se chériront dans une mutuelle tendresse ; ils seront parfaitement unanimes dans le même sentiment et la même vérité, la même parole, le même goût en Jésus Christ Notre Seigneur.

Appliquez Vous à inculquer au peuple chrétien le devoir de la soumission et de l’obéissance vis-à-vis des princes et des gouvernements ; enseignez lui, selon le précepte de l’Apôtre, que toute puissance vient de Dieu ; que ceux-là résistent à l’ordre divin et méritent d’être condamnés, qui résistent à la puissance, et que ce précepte d’obéissance vis-à-vis du pouvoir ne peut jamais être violé sans mériter de châtiment, excepté toutefois lorsqu’il exige quelque chose de contraire aux lois de Dieu et de l’Église.

Cependant, comme rien n’est plus propre à disposer continuellement les âmes à la pratique de la piété et au culte de Dieu, que la vie et les actes exemplaires de ceux qui se sont consacrés au ministère divin, et que tels sont les prêtres, tels sont ordinairement les peuples, Vous comprenez dans Votre éminente sagesse, Vénérables Frères, que Vous devez employer tous Vos soins à ce que chaque membre de Votre clergé brille par la gravité des mœurs, par la sainteté et l’intégrité de la vie, et par la doctrine ; et à ce que les prescriptions des saints canons et de la discipline ecclésiastique soient exactement gardées, et que là où la discipline a succombé, on lui rende son antique splendeur.

À cet effet, ainsi que Vous le savez très bien, Vous devez éviter avec le plus grand soin d’imposer les mains à aucun aspirant, avec trop de précipitation, et contre l’avis de l’Apôtre ; mais Vous n’admettrez à l’initiation des ordres sacrés, et Vous n’élèverez à la puissance redoutable de consacrer les saints mystères, que les lévites auparavant éprouvés et examinés scrupuleusement, que ceux qui se distingueront par l’ornement de toutes les vertus, et qui auront mérité la juste louange d’une sagesse intacte ; de telle sorte qu’ils puissent être d’utiles ouvriers, et la gloire de l’Église, dans chacun de Vos diocèses, et enfin ceux qui, s’éloignant soigneusement de tout ce qui est contraire à la vie cléricale, s’adonnant plutôt à l’étude, à la prédication, et à la connaissance approfondie de la doctrine, sont, en effet, le parfait exemple des fidèles, dans leur parole, dans leur conduite, dans la charité, dans la foi, dans la chasteté ; de telle sorte qu’à leur approche tous éprouvent le sentiment d’une vénération méritée ; que par eux, de plus en plus, le peuple chrétien se forme, s’excite et s’enflamme à l’amour de notre divine religion. Car il est mille fois préférable, selon l’avis si parfaitement sage de Benoît XIV, l’un de Nos prédécesseurs d’immortelle mémoire, qu’il y ait un nombre restreint de prêtres, pourvu qu’ils se montrent excellents, capables et utiles, plutôt que d’en avoir un grand nombre, incapables de toute manière de procurer l’édification du corps de Jésus Christ, qui est l’Église. Vous n’ignorez pas non plus qu’il faut examiner avec le plus grand soin quelles sont spécialement les mœurs et la science de ceux à qui sont confiées la charge et la conduite des âmes, afin que, ministres fidèles et dispensateurs des diverses formes de la grâce de Dieu, dans l’administration des sacrements auprès du peuple qui leur est confié, ils sachent le nourrir et l’encourager par la prédication de la parole divine et le soutien continuel du bon exemple ; qu’ils sachent le former à tous les enseignements et à toutes les pratiques de la religion, et le maintenir dans le chemin du salut. Vous savez parfaitement que c’est à l’ignorance des pasteurs ou à la négligence des devoirs de leur charge qu’il faut attribuer perpétuellement le relâchement des mœurs parmi les fidèles, la violation de la discipline chrétienne, l’abandon, puis la destruction totale des pratiques et du culte religieux, enfin le débordement de tous les vices et des corruptions qui pénètrent alors facilement dans l’Église. Voulez-Vous que la parole de Dieu, qui est toujours vivante et efficace et plus pénétrante qu’un glaive à deux tranchants, établie pour le salut des âmes, ne s’en retourne pas inutile et impuissante par la faute de ses ministres ; ne cessez jamais, Vénérables Frères, d’inculquer dans l’âme des prédicateurs cette parole divine, et de leur recommander la méditation spirituelle, profonde, des devoirs de cette auguste et si grave fonction ; dites leur qu’ils ne doivent point employer dans le ministère évangélique cet apparat et cet artifice que l’habileté mondaine enseigne pour persuader sa fausse sagesse, non plus que ces vaines pompes et ces charmes ambitieux qui caractérisent l’éloquence profane, mais qu’ils s’exercent plutôt et très religieusement dans la démonstration de l’esprit et de la vertu de Dieu. Traitant ainsi convenablement la parole de vérité, ne se prêchant pas eux-mêmes, mais Jésus Christ crucifié, qu’ils annoncent aux peuples simplement et clairement les dogmes de notre sainte religion selon la doctrine de l’Église catholique, d’après l’enseignement des Pères, et en une élocution toujours grave et majestueuse ; qu’ils expliquent exactement les devoirs particuliers et spéciaux de chacun ; qu’ils inspirent à tous l’horreur du vice et une vive ardeur pour la piété afin que les fidèles, salutairement imbus et nourris de la parole divine, fuyant tous les vices, pratiquant toutes les vertus, et évitant ainsi les peines éternelles, puissent arriver à la gloire du ciel.

Selon les devoirs de Votre charge pastorale, et d’après les inspirations de Votre prudence, avertissez sans cesse tous les ecclésiastiques placés sous Vos ordres, excitez les à réfléchir sérieusement à l’auguste ministère qu’ils ont reçu de Dieu ; que tous soient exacts à remplir avec la plus grande diligence la part de fonction qui leur est échue ; que, pénétrés des sentiments les plus intimes d’une véritable piété, ils ne cessent leurs prières et leurs supplications au Seigneur ; que, dans cet esprit, ils accomplissent le précepte ecclésiastique de la récitation des heures canoniales, afin de pouvoir obtenir pour eux-mêmes les divins secours si nécessaires pour s’acquitter des devoirs si graves de leur charge, et rendre le Seigneur toujours apaisé et favorable à tout le peuple chrétien.

Toutefois, Vénérables Frères, que Votre sagesse ne l’oublie pas, on ne peut obtenir d’excellents ministres de l’Église qu’en les formant dans les meilleurs instituts cléricaux ; le reste de leur vie sacerdotale se ressent ainsi de la forte impulsion dans la voie du bien qu’ils ont reçue dans ces pieux asiles. Continuez donc à porter toute l’énergie de Votre Zèle vers cette exacte préparation des jeunes clercs ; que par Vos soins on leur inspire, même dés l’âge le plus tendre, le goût de la piété et d’une vertu solide ; qu’ils soient initiés sous Vos yeux à l’étude des lettres, à la pratique d’une forte discipline, mais principalement à la connaissance des sciences sacrées. C’est pour cela que rien ne doit Vous être plus à cœur, ni Vous paraître plus digne de tous Vos soins et de toute Votre industrie que d’accomplir l’ordre des Pères du saint Concile de Trente, s’il n’est déjà exécuté, en instituant des séminaires pour les clercs ; que d’augmenter, s’il le faut, le nombre de ces institutions pieuses, d’y placer des maîtres et des directeurs excellents et capables, de veiller sans repos, et avec une ardeur toujours ferme, à ce que dans ces saints asiles les jeunes clercs soient constamment formés dans la crainte du Seigneur, à l’étude, et surtout dans la science sacrée, toujours conformément à l’enseignement catholique, sans le moindre contact avec l’erreur, de quelque espèce que ce soit, selon les traditions ecclésiastiques et les écrits des Pères ; qu’ils y soient exercés très soigneusement aux cérémonies et aux rites sacrés, afin que plus tard Vous trouviez en eux des coopérateurs pieux et capables, doués de l’esprit ecclésiastique, sagement fortifiés par la science, et qu’ils puissent dans l’avenir travailler avec fruit le champ de Jésus Christ et combattre vaillamment les combats du Seigneur.

Or, comme Vous êtes Vous-mêmes très convaincus que, pour conserver et maintenir la dignité et la sainte pureté de tout le sacerdoce ecclésiastique, rien n’est plus efficace que l’institution des pieux exercices spirituels ; d’après les impulsions de Votre zèle et de Votre charité épiscopale, ne cessez point d’exhorter, d’engager, de presser même très vivement tous Vos prêtres à s’adonner à la pratique d’une œuvre aussi salutaire ; que fréquemment, tous ceux qui sont engagés dans la sainte milice sachent choisir une solitude favorable à l’accomplissement de ces saints exercices ; que là, séparés absolument de toute espèce de préoccupation extérieure, uniquement absorbés par la redoutable considération des vérités éternelles, et par la profonde méditation des choses divines, ils puissent ainsi s’épurer des taches qu’auront pu laisser sur leur âme sacerdotale la poussière et le contact des affaires du monde, se renouveler dans l’esprit ecclésiastique, et que, se dépouillant entièrement du vieil homme et de tous ses actes, ils se revêtent de l’éclatante pureté de l’homme nouveau qui fut créé dans la sainteté et la justice. Ne Vous plaignez point si Nous avons si longuement insisté sur cette nécessité de l’institution et de la discipline cléricale.

Car Vous ne pouvez ignorer qu’il y a à notre époque un grand nombre d’esprits qui, fatigués à la vue de l’innombrable variété, de l’inconsistance et du mouvement désordonné de l’erreur, éprouvent intérieurement la nécessité de croire à notre sainte religion, et qui seront enfin, par le secours de la grâce divine, amenés d’autant plus facilement à embrasser la pratique de la doctrine et des prescriptions de cette religion divine, qu’ils verront le clergé briller au-dessus des autres par plus de piété, de pureté, de sagesse et de vertu.

Enfin, Frères bien aimés, Nous ne pouvons douter que Vous-mêmes ne soyez animés d’une ardente charité envers Dieu et pour tous les hommes, enflammés de l’amour le plus vif pour tous les intérêts de l’Église, munis de vertus presqu’angéliques, armés et fortifiés du courage et de la prudence si nécessaires à l’épiscopat, pénétrés par le même désir de la volonté divine, marchant d’un pas constant sur les traces des pas des apôtres, et imitant, comme il sied à des pontifes, l’exemplaire divin des pasteurs, le Seigneur Jésus Christ, dont Vous représentez la personne ; devenus, par le zèle et par les sentiments les plus unanimes, les types spirituels du troupeau fidèle ; par l’éclat resplendissant de la sainteté de Votre vie, illuminant à la fois le clergé et le peuple et ayant acquis des entrailles de miséricorde, Vous sachiez toujours, compatissant aux misères de l’ignorance et de l’erreur, à l’exemple du Pasteur de l’Évangile, courir avec tendresse après les brebis perdues ; malgré leurs égarements, les chercher longtemps jusqu’à ce que Vous les rencontriez et, paternellement émus quand Vous les avez retrouvées, les placer affectueusement sur Vos épaules et les rapporter au bercail. N’omettez jamais ni soins, ni réflexions, ni travaux de tout genre pour arriver à l’exact et religieux accomplissement de tous les devoirs de Votre charge pastorale ; et après avoir défendu des attaques, des embûches et de la fureur des loups ravisseurs toutes les brebis si chères au cœur de Jésus Christ, puisqu’Il les a rachetées au prix inestimable de son sang divin ; après les avoir gardées dans les saints pâturages, soigneusement éloignées de la contagion, Vous puissiez, et par Vos paroles, et par Vos actions, et par Vos exemples, les ramener toutes ensemble au port du salut éternel.

Travaillez donc courageusement, Vénérables Frères, à procurer la plus grande gloire de Dieu ; et, par un déploiement extraordinaire de sollicitude et de vigilance, comme par un même effort, faites en sorte d’arriver à ce qu’après l’entière destruction des erreurs et l’extirpation absolue des vices, la foi, la piété, la vertu acquièrent de jour en jour, et par toute la terre, un admirable accroissement ; que tous les fidèles, repoussant avec dédain les œuvres de ténèbres, marchent dignement comme des fils de la lumière céleste sous les yeux de Dieu, auquel leurs actions sont toujours agréables ; et, dans les angoisses, les difficultés et les périls extrêmes, qui sont inséparables, aujourd’hui principalement, de l’accomplissement de Vos si graves fonctions du ministère épiscopal, gardez Vous bien de jamais succomber à la craintive ; mais plutôt fortifiez Vous dans le Seigneur, et fiez Vous à la puissance de Celui qui, nous considérant du haut du ciel, engagés dans la lutte que nous soutenons pour son nom sacré, encourage ceux qui s’enrôlent, soutient les combattants et couronne les vainqueurs.

Mais comme rien ne saurait être pour Nous plus agréable, plus doux à Notre cœur, plus désirable pour le bien de l’Église, que de Vous aider tous, ô Vous que Nous chérissons tendrement dans les entrailles de Jésus Christ, et que Nous désirons environner de Notre amour, de Nos conseils, que de pouvoir travailler de concert à la défense et à la propagation de la gloire de Dieu et de la foi catholique, et que même Nous sommes prêt, pour le salut des âmes, à donner s’il le faut, Notre propre vie, ô Nos Frères, venez, Nous Vous en prions et supplions, approchez Vous avec grand cœur et en toute confiance de cette Chaire du bienheureux prince des Apôtres, de ce centre de l’unité catholique, ce sommet suprême de l’Épiscopat, d’où découle toute l’autorité de ce nom ; accourez donc auprès de Nous toutes les fois que Vous éprouverez la nécessité d’avoir recours à l’aide, au soutien et à la force que renferme pour Vous l’autorité de ce Siège apostolique.

Or, Nous aimons à espérer que Nos très chers fils en Jésus Christ, les princes, guidés par leurs sentiments de piété et de religion, auront toujours présente à leur mémoire cette vérité : que l’autorité suprême ne leur a pas seulement été donnée pour le gouvernement des affaires du monde, mais principalement pour la défense de l’Église ; et Nous-même, qu’en donnant tous Nos soins à la cause de l’Église, Nous travaillons paisiblement au bonheur de leur règne, à leur propre conservation et à l’exercice de leurs droits ; Nous aimons à espérer, disons Nous, que tous les princes sauront favoriser, par l’appui de leur autorité et le secours de leur puissance, des vœux, des desseins et des dispositions ardentes au bien de tous, et que Nous avons en commun avec eux. Qu’ils défendent donc et protègent la liberté et l’entière plénitude de vie de cette Église catholique, afin que l’empire de Jésus Christ soit défendu par leur puissante main.

Pour que tous ces projets arrivent à des résultats heureux et prospères, recourons avec confiance, Vénérables Frères, au trône de la grâce ; et tous ensemble, par un concert unanime et persévérant de ferventes prières, avec toute l’humilité dont notre cœur sera capable, supplions le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, afin que, par les mérites de Son Fils unique, Il daigne répandre sur notre faiblesse, l’ineffable abondance de toutes les faveurs célestes ; que par la vertu de sa toute puissance, il repousse Lui-même ceux qui s’opposent à Nous ; qu’Il répande et augmente partout la foi, la piété, la dévotion, la paix ; par où la sainte Église, après avoir été délivrée des adversités et de toutes les erreurs qui l’assiègent, puisse jouir enfin du calme désirable et nécessaire, et qu’il n’y ait plus désormais qu’un seul bercail et un seul pasteur. Mais, pour que le Seigneur très clément incline plus efficacement son oreille divine vers nos prières, et accueille plus favorablement nos vœux, ayons toujours auprès de Lui, comme intercession et intermédiaire puissante, la très sainte et très immaculée Mère de Dieu, qui est toujours notre plus douce Mère, notre médiatrice, notre avocate, notre espérance et notre confiance la plus parfaite et dont le patronage maternel est ce qu’il y a auprès de Dieu de plus fort et de plus efficace.

Invoquons aussi le prince des Apôtres, auquel Jésus Christ lui-même a confié les clés du royaume des cieux, qu’il a constitué lui-même la pierre fondamentale de l’Église, contre laquelle les portes de l’enfer ne pourront jamais prévaloir. Invoquons saint Paul, le compagnon de son apostolat ; tous les saints du ciel, qui possèdent déjà la palme et la couronne, afin que tous nous aident à obtenir, pour l’universalité du peuple chrétien, l’abondance si désirable de la divine miséricorde.

Enfin, Vénérables Frères, comme gage de tous les dons célestes et surtout comme un témoignage de Notre ardente charité pour Vous, recevez Notre bénédiction apostolique que Nous Vous accordons du fond intime de Notre âme, ainsi qu’à tous les membres du clergé et à tous les fidèles laïques confiés à Vos soins.

Donné à Rome, près Sainte Marie Majeure, le 9 novembre de l’année 1846 et l’an premier de Notre pontificat.

« In eminenti apostolacus specula » – Clément XII

240px-clement_xii« CLÉMENT, ÉVÊQUE, SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU,

À tous les fidèles de Jésus-Christ, salut et Bénédiction Apostolique.

 

Élevé par la divine Providence au plus haut degré de l’apostolat, tout indigne que Nous en sommes, selon le devoir de la surveillance pastorale qui Nous est confiée, Nous avons, constamment secouru par la grâce divine, porté notre attention avec tout le zèle de notre sollicitude, sur ce qui, en fermant l’entrée aux erreurs et aux vices, peut servir à conserver avant tout l’intégrité de la religion orthodoxe, et à bannir du monde catholique, dans ces temps si difficiles, les risques de troubles.

Nous avons appris, par la rumeur publique, qu’il se répand à l’étranger, faisant chaque jour de nouveaux progrès, certaines sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules, appelés communément du nom de Francs-Maçons ou d’autres noms selon la variété des langues, dans lesquels des hommes de toute religion et de toute secte, affectant une apparence d’honnêteté naturelle, se lient entre eux par un pacte aussi étroit qu’impénétrable, d’après des lois et des statuts qu’ils se sont faits, et s’engagent par serment prêté sur la Bible, et sous les peines les plus graves, à couvrir d’un silence inviolable tout ce qu’ils font dans l’obscurité du secret.

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Humanum Genus – Léon XIII

Leo_XIII.HUMANUM GENUS

LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LE PAPE LÉON XIII
CONDAMNANT LE RELATIVISME PHILOSOPHIQUE
ET MORAL DE LA FRANC-MAÇONNERIE
(20 avril 1884)

Aux Vénérables Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres ordinaires en paix et communion avec le Siège Apostolique

Depuis que, par la jalousie du démon, le genre humain s’est misérablement séparé de Dieu auquel il était redevable de son appel à l’existence et des dons surnaturels, il s’est partagé en deux camps ennemis, lesquels ne cessent pas de combattre, l’un pour la vérité et la vertu, l’autre pour tout ce qui est contraire à la vertu et à la vérité.

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« Multiplices Inter » – Pie IX

MULTIPLICES INTER

Allocution consistoriale de S.S. PIE IX
le 25 septembre 1865

Vénérables Frères, Parmi les nombreuses machinations et les moyens par lesquels les ennemis du nom chrétien ont osé s’attaquer à l’Église de Dieu et ont essayé, quoiqu’en vain, de l’abattre et de la détruire, il faut sans doute compter cette société perverse d’hommes, vulgairement appelée « maçonnique », qui, contenue d’abord dans les ténèbres et l’obscurité, a fini par se faire jour ensuite, pour la ruine commune de la religion et de la Société humaine.

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Liste de livres

LIVRES CONSEILLÉS OU SUGGÉRÉS,
classés en deux catégories :
livres de base et livres pour approfondir ou sujet connexes.

Sur ces thèmes, il existe une littérature abondante et de qualité variable.
Il y a des auteurs sérieux et prudents, et d’autres qui lancent des affirmations douteuses ou farfelues, qui ne vérifient pas leurs sources, qui veulent faire du sensationnel sur un sujet qu’ils maîtrisent mal.
Voici une sélection (liste non exhaustive, donc) de livres sérieux sur le thème de la franc-maçonnerie mais aussi de la gnose (doctrine aux cœur de la F-M) et des sociétés occultes connexes.

LIVRES DE BASE
Les origines occultistes de la franc-maçonnerie,
du professeur Jean-Claude Lozac’hmeur.Une étude minutieuse et impartiale, avec de nombreuses informations peu ou pas connues sur les origines secrètes de cette organisation, qui aide à comprendre sa réelle nature.
216 p., 18 €, Ed. des Cimes.
A commander ici.
Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie,
d‘Arnaud de Lassus.Une très bonne synthèse, très bien pour les débutants ou comme aide-mémoire, surtout sur les aspects doctrinaux de la maçonnerie.
191 p., 15 €, Ed. AFS.
A commander ici.
Page en construction

« Les origines occultistes de la franc-maçonnerie » : le livre-événement de Jean-Claude Lozac’hmeur

Un ouvrage sous-titré avec pertinence « recherches sur une religion d’État »…

Il s’agit d’une étude originale et des plus sérieuses. Un travail passionnant, avec des révélations remarquables, qui aide vraiment à comprendre ce qu’est la franc-maçonnerie, à travers l’étude de ses origines occultistes…

Paru aux Éditions des Cimes. 216 p., index des noms. 18 €. Disponible ici.
Présentation de l’éditeur et sommaire ci-dessous.
On peut trouver les précédents livres de Jean-Claude Lozac’hmeur ici.

4e de couverture :

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« Mirari vos » – Grégoire XVI

LETTRE ENCYCLIQUE DE N. S. P. LE PAPE GRÉGOIRE XVI

Mirari vos

À tous les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques

GRÉGOIRE XVI PAPE

VÉNÉRABLES FRÈRES

Salut et bénédiction apostolique.

Vous êtes sans doute étonnés que, depuis le jour où le fardeau du gouvernement de toute l’Église a été imposé à notre faiblesse, nous ne vous ayons pas encore adressé nos lettres comme l’auraient demandé, soit la coutume introduite même dès les premiers temps, soit notre affection pour vous. C’était bien, il est vrai, le plus ardent de nos voeux de vous ouvrir tout d’abord notre cœur, et de vous faire entendre, dans la communion de l’esprit, cette voix avec laquelle, selon l’ordre reçu par nous dans la personne du bienheureux Pierre nous devons confirmer nos frères (LUC. XXII, 32). Mais vous savez assez quels maux, quelles calamités, quels orages nous ont assailli dès les premiers instants de notre Pontificat, comment nous avons été lancé tout à coup au milieu des tempêtes, ah ! si la droite du Seigneur n’avait manifesté sa puissance, vous auriez eu la douleur de nous y voir englouti, victime de l’affreuse conspiration des impies.

Notre cœur se refuse à renouveler, par le triste tableau de tant de périls, la douleur qu’ils nous ont causée, et nous bénissons plutôt le Père de toute consolation d’avoir dispersé les traîtres, de nous avoir arraché au danger imminent et de nous avoir accordé en apaisant la plus terrible tempête de respirer après une si grande crainte. Nous nous proposâmes aussitôt de vous communiquer nos desseins pour la guérison des plaies d’Israël, mais le poids énorme de soucis dont nous fûmes accablé pour le rétablissement de l’ordre public, retarda encore l’exécution.

À ce motif de silence, s’en joignit un nouveau : l’insolence des factieux qui s’efforcèrent de lever une seconde fois l’étendard de la rébellion. À la vue de tant d’opiniâtreté de leur part en considérant que leur fureur sauvage, loin de s’adoucir, semblait plutôt s’aigrir et s’accroître par une trop longue impunité et par les témoignages de notre paternelle indulgence, nous avons dû enfin, quoique l’âme navrée de douleur, faire usage de l’autorité qui nous a été confiée par Dieu, les arrêter la verge à la main (I Cor. IV, 21), et depuis, comme vous pouvez bien conjecturer, notre sollicitude et nos fatigues n’ont fait qu’augmenter de jour en jour.

Mais puisque, après des retards nécessités par les mêmes causes, nous avons pris possession du Pontificat dans la Basilique de Latran, selon l’usage et les institutions de nos prédécesseurs, nous courons à vous sans aucun délai, vénérables Frères, et comme un témoignage de nos sentiments pour vous, nous vous adressons cette lettre écrite en ce jour d’allégresse, où nous célébrons, par une fête solennelle, le triomphe de la très sainte Vierge, et son entrée dans les cieux. Nous avons ressenti sa protection et sa puissance au milieu des plus redoutables calamités : Ah ! qu’elle daigne nous assister aussi dans le devoir que nous remplissons envers vous, et inspirer d’en haut à notre âme les pensées et les mesures qui seront les plus salutaires au troupeau de Jésus-Christ ! C’est il est vrai, avec une profonde douleur et l’âme accablée de tristesse, que nous venons à vous ; car nous connaissons votre zèle pour la religion et les cruelles inquiétudes que vous inspire le malheur des temps où elle est jetée. Nous pouvons dire en toute vérité, c’est maintenant l’heure accordée à la puissance des ténèbres pour cribler, comme le froment, les enfants d’élection (LUC. XXII, 53).  » La terre est vraiment dans le deuil ; elle se dissout, infectée par ses habitants ; ils ont en effet transgressé les lois, changé la justice et rompu le pacte éternel  » (ISAI. XXIV, 5). Nous vous parlons, vénérables Frères, de maux que vous voyez de vos yeux, et sur lesquels par conséquent nous versons des larmes communes. La perversité, la science sans pudeur, la licence sans frein s’agitent pleines d’ardeur et d’insolence ; la sainteté des mystères n’excite plus que le mépris, et la majesté du culte divin, si nécessaire à la foi et si salutaire aux hommes, est devenue, pour les esprits pervers, un objet de blâme, de profanation, de dérision sacrilège. De là, la sainte doctrine altérée et les erreurs de toute espèce semées partout avec scandale. Les rites sacrés, les droits, les institutions de l’Église, ce que sa discipline a de plus saint, rien n’est plus à l’abri de l’audace des langues d’iniquité. On persécute cruellement notre Chaire de Rome, ce Siège du bienheureux Pierre sur lequel le Christ a posé le fondement de son Église ; et les liens de l’unité sont chaque jour affaiblis de plus en plus, ou rompus avec violence. La divine autorité de l’Église est attaquée ; on lui arrache ses droits ; on la juge d’après des considérations toutes terrestres, et à force d’injustice, on la dévoue au mépris des peuples, on la réduit à une servitude honteuse. L’obéissance due aux évêques est détruite et leurs droits sont foulés aux pieds.

On entend retentir les académies et les universités d’opinions nouvelles et monstrueuses ; ce n’est plus en secret ni sourdement qu’elles attaquent la foi catholique ; c’est une guerre horrible et impie qu’elles lui déclarent publiquement et à découvert. Or dès que les leçons et les examens des maîtres pervertissent ainsi la jeunesse, les désastres de la religion prennent un accroissement immense, et la plus effrayante immoralité gagne et s’étend. Aussi, une fois rejetés les liens sacrés de la religion, qui seuls conservent les royaumes et maintiennent la force et la vigueur de l’autorité, on voit l’ordre public disparaître, l’autorité malade, et toute puissance légitime menacée d’une révolution toujours plus prochaine. Abîme de malheurs sans fonds, qu’ont surtout creusé ces sociétés conspiratrices dans lesquelles les hérésies et les sectes ont, pour ainsi dire, vomi comme dans une espèce de sentine, tout ce qu’il y a dans leur sein de licence, de sacrilège et de blasphème.

Telles sont, vénérables Frères, avec beaucoup d’autres encore et peut-être plus graves, qu’il serait aujourd’hui trop long de détailler et que vous connaissez tous, les causes qui nous condamnent à une douleur cruelle et sans relâche, puisqu’établi sur la Chaire du Prince des Apôtres, nous devons plus que personne être dévoré du zèle de la maison de Dieu tout entière. Mais la place même que nous occupons nous avertit qu’il ne suffit pas de déplorer ces innombrables malheurs, si nous ne faisons aussi tous nos efforts pour en tarir les sources. Nous réclamons donc l’aide de votre foi, et pour le salut du troupeau sacré nous faisons un appel à votre zèle, vénérables Frères, vous dont la vertu et la religion si connues, vous dont l’admirable prudence et la vigilance infatigable augmentent notre courage et répandent le baume de la consolation dans notre âme affligée par tant de désastres. Car c’est à nous d’élever la voix, d’empêcher par nos efforts réunis que le sanglier de la forêt ne bouleverse la vigne et que les loups ne ravagent le troupeau du Seigneur. C’est à nous de ne conduire les brebis que dans des pâturages qui leur soient salutaires et où l’on n’ait pas à craindre pour elles une seule herbe malfaisante. Loin de nous donc, nos très chers Frères, au milieu de fléaux, de dangers si multipliés et si menaçants, loin de nous l’insouciance et les craintes de pasteurs qui abandonneraient leurs brebis ou qui se livreraient à un sommeil funeste sans aucun souci de leur troupeau ! Agissons en unité d’esprit pour notre cause commune, ou plutôt pour la cause de Dieu ; et contre de communs ennemis unissons notre vigilance, pour le salut de tout le peuple, unissons nos efforts.

C’est ce que vous ferez parfaitement si, comme votre charge vous en fait un devoir, vous veillez sur vous et sur la doctrine, vous redisant sans cesse à vous-mêmes que  » toute nouveauté bat en brèche l’Église universelle  » (S. Cœlest. PP. Ep. XXI ad Episc. Galliar.), et d’après l’avertissement du saint pape Agathon,  » rien de ce qui a été régulièrement défini ne supporte ni diminution, ni changement, ni addition, repousse toute altération du sens et même des paroles.  » (S. Agath. PP. Ep. ad Imp. apud Labb. tom. XI, pag. 235. edit. Mansi) C’est ainsi que demeurera ferme, inébranlable, cette unité qui repose sur le Siège de saint Pierre comme sur sa base ; et le centre d’où dérivent, pour toutes les églises, les droits sacrés de la communion catholique,  » sera aussi pour toutes un mur qui les protégera, un asile qui les couvrira, un port qui les préservera du naufrage et un trésor qui les enrichira de biens incalculables.  » (S. Innocent. PP. Ep. XI, apud Coustant) Ainsi donc pour réprimer l’audace de ceux qui s’efforcent, ou d’anéantir les droits du Saint-Siège, ou d’en détacher les églises dont il est le soutien et la vie, inculquez sans cesse aux fidèles de profonds sentiments de confiance et de respect envers lui, faites retentir à leurs oreilles ces paroles de saint Cyprien :  » C’est une erreur de croire être dans l’Église lorsqu’on abandonne le Siège de Pierre, qui est le fondement de l’Église.  » (S. Cyp. de Unitate Eccles.)

Le but de vos efforts et l’objet de votre vigilance continuelle, doit donc être de garder le dépôt de la foi au milieu de cette vaste conspiration d’hommes impies que nous voyons, avec la plus vive douleur, formée pour le dissiper et le perdre. Que tous s’en souviennent : le jugement sur la saine doctrine dont on doit nourrir le peuple, le gouvernement et l’administration de l’Église entière appartiennent au Pontife romain,  » à qui a été confié, par Notre-Seigneur Jésus-Christ « , comme l’ont si clairement déclaré les Pères du concile de Florence,  » le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle  » (Conc. Flor. sess. XXV, in definit. apud Labb. tom XVIII, col. 528. edit. Venet.). Quant aux évêques en particulier, leur devoir est de rester inviolablement attachés à la Chaire de Pierre, de garder le saint dépôt avec une fidélité scrupuleuse, et de paître le troupeau de Dieu qui leur est soumis. Pour les prêtres, il faut qu’ils soient soumis aux évêques et  » qu’ils les honorent comme les pères de leurs âmes  » (S. Hieron. Ep. 3, ad Nepot, a. I, 24), selon l’avis de saint Jérôme ; qu’ils n’oublient jamais qu’il leur est défendu, même par les anciens Canons, de rien faire dans le ministère qui leur a été confié, et de prendre sur eux la charge d’enseigner et de prêcher,  » sans l’approbation de l’évêque, à qui le soin des fidèles a été remis et qui rendra compte de leurs âmes.  » (Ex can. Ap. XXXVIII, apud Labb. tom. I, pag. 38, edit. Mansi) Qu’on tienne enfin pour une vérité certaine et incontestable, que tous ceux qui cherchent à troubler en quoi que ce soit cet ordre ainsi établi, ébranlent autant qu’il est en eux la constitution de l’Église.

Ce serait donc un attentat, une dérogation formelle au respect que méritent les lois ecclésiastiques, de blâmer, par une liberté insensée d’opinion, la discipline que l’Église a consacrée, qui règle l’administration des choses saintes et la conduite des fidèles, qui détermine les droits de l’Église et les obligations de ses ministres, de la dire ennemie des principes certains du droit naturel, incapable d’agir par son imperfection même, ou soumise à l’autorité civile.

Mais puisqu’il est certain, pour nous servir des paroles des Pères de Trente, que  » l’Église a été instruite par Jésus-Christ et par ses Apôtres, et que l’Esprit Saint, par une assistance de tous les jours, ne manque jamais de lui enseigner toute vérité  » (Conc. Trid. sess. XIII, decr. de Eucharist in prœm.), c’est le comble de l’absurdité et de l’outrage envers elle de prétendre qu’une restauration et qu’une régénération lui sont devenues nécessaires pour assurer son existence et ses progrès, comme si l’on pouvait croire qu’elle aussi fût sujette, soit à la défaillance, soit à l’obscurcissement, soit à toute autre altération de ce genre. Et que veulent ces novateurs téméraires, sinon  » donner de nouveaux fondements à une institution qui ne serait plus, par là même, que l’ouvrage de l’homme  » et réaliser ce que saint Cyprien ne peut assez détester,  » en rendant l’Église toute humaine de divine qu’elle est ?  » (S. Cyp. Ep. LII, edit. Baluz.) Mais que les auteurs de semblables manœuvres sachent et retiennent qu’au seul Pontife Romain, d’après le témoignage de saint Léon  » a été confié la dispensation des Canons « , que lui seul, et non pas un simple particulier, a le pouvoir de prononcer  » sur les règles sanctionnées par les Pères « , et qu’ainsi, comme le dit saint Gélase,  » c’est à lui de balancer entre eux les divers décrets des Canons, et de limiter les ordonnances de ses prédécesseurs, de manière à relâcher quelque chose de leur rigueur et à les modifier après mûr examen, selon que le demande la nécessité des temps, pour les nouveaux besoins des églises  » (S. Gelasius PP. in Ep. ad Episcop. Lucaniæ).

Nous réclamons ici la constance de votre zèle en faveur de la Religion contre les ennemis du célibat ecclésiastique, contre cette ligue impure qui s’agite et s’étend chaque jour, qui se grossit même par le mélange honteux de plusieurs transfuges de l’ordre clérical et des plus impudents philosophes de notre siècle. Oublieux d’eux-mêmes et de leur devoir, jouets de passions séductrices, ces transfuges ont poussé la licence au point d’oser, en plusieurs endroits, présenter aux princes des requêtes, même publiques et réitérées, pour obtenir l’abolition de ce point sacré de discipline. Mais nous rougissons d’arrêter longtemps vos regards sur de si honteuses tentatives, et plein de confiance en votre religion, nous nous reposons sur vous du soin de défendre de toutes vos forces, d’après les règles des saints Canons, une loi de si haute importance, de la conserver dans toute son intégrité, et de repousser les traits dirigés contre elle de tous côtés par des hommes que tourmentent les plus infâmes passions.

Un autre objet appelle notre commune sollicitude, c’est le mariage des chrétiens, cette alliance honorable que saint Paul a appelée  » un grand Sacrement en Jésus-Christ et en son Église  » (Ad Hebr. XIII, 4). Étouffons les opinions hardies et les innovations téméraires qui pourraient compromettre la sainteté de ses liens et leur indissolubilité. Déjà cette recommandation vous avait été faite d’une manière toute particulière par les Lettres de notre prédécesseur Pie VIII, d’heureuse mémoire. Cependant les attaques de l’ennemi vont toujours croissant ; il faut donc avoir soin d’enseigner au peuple que le mariage, une fois légitimement contracté, ne peut plus être dissous ; que Dieu a imposé aux époux qu’il a unis l’obligation de vivre en perpétuelle société, et que le noeud qui les lie ne peut être rompu que par la mort. N’oubliant jamais que le mariage est renfermé dans le cercle des choses saintes et placé par conséquent sous la juridiction de l’Église, les fidèles auront sous les yeux les lois qu’elle-même a faites à cet égard ; ils y obéiront avec un respect et une exactitude religieuse, persuadés que, de leur exécution, dépendent absolument les droits, la stabilité et la légitimité de l’union conjugale. Qu’ils se gardent d’admettre en aucune façon rien de ce qui déroge aux règles canoniques et aux décrets des conciles ; sachant bien qu’une alliance sera toujours malheureuse, lorsqu’elle aura été formée, soit en violant la discipline ecclésiastique, soit avant d’avoir obtenu la bénédiction divine, soit en ne suivant que la fougue d’une passion qui ne leur permet de penser ni au sacrement, ni aux mystères augustes qu’il signifie.

Nous venons maintenant à une cause, hélas ! trop féconde des maux déplorables qui affligent à présent l’Église. Nous voulons dire l’indifférentisme, ou cette opinion funeste répandue partout par la fourbe des méchants, qu’on peut, par une profession de foi quelconque, obtenir le salut éternel de l’âme, pourvu qu’on ait des mœurs conformes à la justice et à la probité. Mais dans une question si claire et si évidente, il vous sera sans doute facile d’arracher du milieu des peuples confiés à vos soins une erreur si pernicieuse. L’Apôtre nous en avertit :  » Il n’y a qu’un Dieu, qu’une foi, qu’un baptême  » (Ad Ephes. IV, 5) ; qu’ils tremblent donc ceux qui s’imaginent que toute religion conduit par une voie facile au port de la félicité ; qu’ils réfléchissent sérieusement sur le témoignage du Sauveur lui-même :  » qu’ils sont contre le Christ dès lors qu’ils ne sont pas avec le Christ  » (LUC. XI, 23) ; qu’ils dissipent misérablement par là même qu’ils n’amassent point avec lui, et que par conséquent,  » ils périront éternellement, sans aucun doute, s’ils ne gardent pas la foi catholique et s’ils ne la conservent entière et sans altération  » (Symb. S. Athanas.). Qu’ils écoutent saint Jérôme racontant lui-même, qu’à l’époque où l’Église était partagée en trois partis, il répétait sans cesse et avec une résolution inébranlable, à qui faisait effort pour l’attirer à lui :  » Quiconque est uni à la chaire de Pierre est avec moi  » (S. Hier. Ep. LVIII). En vain essayerait-on de se faire illusion en disant que soi-même aussi on a été régénéré dans l’eau, car saint Augustin répondrait précisément :  » Il conserve aussi sa forme, le sarment séparé du cep ; mais que lui sert cette forme, s’il ne vit point de la racine ?  » (S. Aug. in Psal. contra part. Donat.)

De cette source empoisonnée de l’indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l’Église et de l’État, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d’impudence, ne craignent pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh !  » quelle mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l’erreur !  » disait saint Augustin (S. Aug. Ep. CLXVI). En voyant ôter ainsi aux hommes tout frein capable de les retenir dans les sentiers de la vérité, entraînés qu’ils sont déjà à leur perte par un naturel enclin au mal, c’est en vérité que nous disons qu’il est ouvert ce  » puits de l’abîme  » (Apoc. IX, 3), d’où saint Jean vit monter une fumée qui obscurcissait le soleil, et des sauterelles sortir pour la dévastation de la terre. De là, en effet, le peu de stabilité des esprits ; de là, la corruption toujours croissante des jeunes gens ; de là, dans le peuple, le mépris des droits sacrés, des choses et des lois les plus saintes ; de là, en un mot, le fléau le plus funeste qui puisse ravager les États ; car l’expérience nous l’atteste et l’antiquité la plus reculée nous l’apprend : pour amener la destruction des États les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, les plus florissants, il n’a fallu que cette liberté sans frein des opinions, cette licence des discours publics, cette ardeur pour les innovations.

À cela se rattache la liberté de la presse, liberté la plus funeste, liberté exécrable, pour laquelle on n’aura jamais assez d’horreur et que certains hommes osent avec tant de bruit et tant d’insistance, demander et étendre partout. Nous frémissons, vénérables Frères, en considérant de quels monstres de doctrines, ou plutôt de quels prodiges d’erreurs nous sommes accablés ; erreurs disséminées au loin et de tous côtés par une multitude immense de livres, de brochures, et d’autres écrits, petits il est vrai en volume, mais énormes en perversité, d’où sort la malédiction qui couvre la face de la terre et fait couler nos larmes. Il est cependant, ô douleur ! des hommes emportés par un tel excès d’impudence, qu’ils ne craignent pas de soutenir opiniâtrement que le déluge d’erreurs qui découle de là est assez abondamment compensé par la publication de quelque livre imprimé pour défendre, au milieu de cet amas d’iniquités, la vérité et la religion. Mais c’est un crime assurément, et un crime réprouvé par toute espèce de droit, de commettre de dessein prémédité un mal certain et très grand, dans l’espérance que peut-être il en résultera quelque bien ; et quel homme sensé osera jamais dire qu’il est permis de répandre des poisons, de les vendre publiquement, de les colporter, bien plus, de les prendre avec avidité, sous prétexte qu’il existe quelque remède qui a parfois arraché à la mort ceux qui s’en sont servis ?

Mais bien différente a été la discipline de l’Église pour l’extinction des mauvais livres, dès l’âge même des Apôtres. Nous lisons, en effet, qu’ils ont brûlé publiquement une grande quantité de livres (Act. Apost. XIX). Qu’il suffise, pour s’en convaincre, de lire attentivement les lois données sur cette matière dans le Ve Concile de Latran et la Constitution publiée peu après par Léon X, notre prédécesseur d’heureuse mémoire, pour empêcher  » que ce qui a été heureusement inventé pour l’accroissement de la foi et la propagation des arts utiles, ne soit perverti en un usage tout contraire et ne devienne un obstacle au salut des fidèles  » (Act. conc. Lateran. V. sess. X, ubi refertur Const. Leonis X. Legenda est anterior Constitutio Alexandri VI, Inter multiplices, in qua multa ad rem). Ce fut aussi l’objet des soins les plus vigilants des Pères de Trente ; et pour apporter remède à un si grand mal, ils ordonnèrent, dans le décret le plus salutaire, la confection d’un Index des livres qui contiendraient de mauvaises doctrines (Conc. Trid. sess. XVIII et XXV).  » Il faut combattre avec courage « , disait Clément XIII, notre prédécesseur d’heureuse mémoire, dans sa lettre encyclique sur la proscription des livres dangereux,  » il faut combattre avec courage, autant que la chose elle-même le demande, et exterminer de toutes ses forces le fléau de tant de livres funestes ; jamais on ne fera disparaître la matière de l’erreur, si les criminels éléments de la corruption ne périssent consumés par les flammes  » (Lit. Clem. XIII, Christianæ, 25 nov. 1766.)

Par cette constante sollicitude avec laquelle, dans tous les âges, le Saint Siège Apostolique s’est efforcé de condamner les livres suspects et dangereux et de les arracher des mains des hommes, il apparaît clairement combien est fausse, téméraire, injurieuse au Siège Apostolique, et féconde en grands malheurs pour le peuple chrétien, la doctrine de ceux qui, non contents de rejeter la censure comme trop pesante et trop onéreuse, ont poussé la perversité, jusqu’à proclamer qu’elle répugne aux principes de la justice et jusqu’à refuser audacieusement à l’Église le droit de la décréter et de l’exercer.

Nous avons appris que, dans des écrits répandus dans le public, on enseigne des doctrines qui ébranlent la fidélité, la soumission due aux princes et qui allument partout les torches de la sédition ; il faudra donc bien prendre garde que trompés par ces doctrines, les peuples ne s’écartent des sentiers du devoir.

Que tous considèrent attentivement que selon l’avertissement de l’Apôtre,  » il n’est point de puissance qui ne vienne de Dieu ; et celles qui existent ont été établies par Dieu ; ainsi résister au pouvoir c’est résister à l’ordre de Dieu, et ceux qui résistent attirent sur eux-mêmes la condamnation  » (Ad. Rom. XIII, 2). Les droits divins et humains s’élèvent donc contre les hommes, qui, par les manœuvres les plus noires de la révolte et de la sédition, s’efforcent de détruire la fidélité due aux princes et de les renverser de leurs trônes.

C’est sûrement pour cette raison et pour ne pas se couvrir d’une pareille honte, que malgré les plus violentes persécutions, les anciens chrétiens ont cependant toujours bien mérité des empereurs et de l’empire ; ils l’ont clairement démontré, non seulement par leur fidélité à obéir exactement et promptement dans tout ce qui n’était pas contraire à la religion, mais encore par leur constance et par l’effusion même de leur sang dans les combats.  » Les soldats chrétiens, dit Saint Augustin, ont servi l’empereur infidèle; mais s’agissait-il de la cause du Christ ? Ils ne reconnaissaient plus que celui qui habite dans les cieux. Ils distinguaient le Maître éternel du maître temporel, et cependant à cause du Maître éternel, ils étaient soumis au maître même temporel  » (S. Aug. in Psalm. CXXIV, n. 7). Ainsi pensait Maurice, l’invincible martyr, le chef de la légion thébaine, lorsqu’au rapport de saint Eucher, il fit cette réponse à l’empereur :  » Prince, nous sommes vos soldats ; mais néanmoins nous le confessons librement, les serviteurs de Dieu… Et maintenant ce péril extrême ne fait point de nous des rebelles ; voyez, nous avons les armes à la main, et nous ne résistons point, car nous aimons mieux mourir que de tuer  » (S. Eucher. apud Ruinart. Act. SS. MM. de SS. Maurit. et soc. n. 4). Cette fidélité des anciens chrétiens envers les princes apparaît plus illustre encore, si l’on considère, avec Tertullien, que la force du nombre et des  » troupes ne leur manquait pas alors, s’ils eussent voulu agir en ennemis déclarés. Nous ne sommes que d’hier, dit-il lui-même, et nous remplissons tout, vos villes, vos îles, vos forteresses, vos municipes, vos assemblées, les camps eux-mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum… À quelle guerre n’eussions-nous pas été propres et disposés même à forces inégales, nous, qui nous laissons égorger avec tant de facilité, si par la foi que nous professons il n’était pas plutôt permis de recevoir la mort que de la donner ? Nombreux comme nous le sommes, si, nous étant retirés dans quelque coin du monde, nous eussions rompu avec vous, la perte de tant de citoyens, quel qu’eût été leur caractère, aurait certainement fait rougir de honte votre tyrannie. Que dis-je ? Cette seule séparation eût été votre châtiment. Sans aucun doute, vous eussiez été saisis d’effroi à la vue de votre solitude… Vous eussiez cherché à qui commander ; il vous fût resté plus d’ennemis que de citoyens ; mais maintenant vos ennemis sont en plus petit nombre, grâce à la multitude des chrétiens.  » (Tertull. In Apolog. Cap. XXXVII)

Ces éclatants exemples d’une constante soumission envers les princes, tiraient nécessairement leur source des préceptes sacrés de la religion chrétienne ; ils condamnent l’orgueil démesuré, détestable de ces hommes déloyaux qui, brûlant d’une passion sans règle et sans frein pour une liberté qui ose tout, s’emploient tout entiers à renverser et à détruire tous les droits de l’autorité souveraine, apportant aux peuples la servitude sous les apparences de la liberté.

C’était vers le même but, aussi, que tendaient de concert les extravagances coupables et les désirs criminels des Vaudois, des Béguards, des Wicléfistes et d’autres semblables enfants de Bélial, la honte et l’opprobre du genre humain, et pour ce motif il furent, tant de fois et avec raison, frappés d’anathème par le Siège Apostolique. Si ces fourbes achevés réunissent toutes leurs forces, c’est sûrement et uniquement afin de pouvoir dans leur triomphe se féliciter, avec Luther, d’être libres de tout ; et c’est pour l’atteindre plus facilement et plus promptement qu’ils commettent avec la plus grande audace les plus noirs attentats.

Nous ne pourrions augurer des résultats plus heureux pour la religion et pour le pouvoir civil, des désirs de ceux qui appellent avec tant d’ardeur la séparation de l’Église et de l’État, et la rupture de la concorde entre le sacerdoce et l’empire. Car c’est un fait avéré, que tous les amateurs de la liberté la plus effrénée redoutent par dessus tout cette concorde, qui toujours a été aussi salutaire et aussi heureuse pour l’Église que pour l’État.

Aux autres causes de notre déchirante sollicitude et de la douleur accablante qui nous est en quelque sorte particulière au milieu du danger commun, viennent se joindre encore certaines associations et réunions, ayant des règles déterminées. Elles se forment comme en corps d’armée, avec les sectateurs de toute espèce de fausse religion et de culte, sous les apparences, il est vrai, du dévouement à la religion, mais en réalité dans le désir de répandre partout les nouveautés et les séditions, proclamant toute espèce de liberté, excitant des troubles contre le pouvoir sacré et contre le pouvoir civil, et reniant toute autorité, même la plus sainte.

C’est avec un cœur déchiré, mais plein de confiance en Celui qui commande aux vents et rétablit le calme, qui nous vous écrivons ainsi, vénérables Frères, pour vous engager à vous revêtir du bouclier de la foi, et à déployer vos forces en combattant vaillamment les combats du Seigneur. À vous surtout, il appartient de vous opposer comme un rempart à toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu.

Tirez le glaive de l’esprit, qui est la parole de Dieu, et donnez la nourriture à ceux qui ont faim de la justice. Choisis pour cultiver avec soin la vigne du Seigneur, n’agissez que dans ce but et travaillez tous ensemble à arracher toute racine amère du champ qui vous a été confié, à y étouffer toute semence de vices et à y faire croître une heureuse moisson de vertus. Embrassez avec une affection toute paternelle ceux surtout qui appliquent spécialement leur esprit aux sciences sacrées et aux questions philosophiques : exhortez-les et amenez-les à ne pas s’écarter des sentiers de la vérité pour courir dans la voie des impies, en s’appuyant imprudemment sur les seules forces de leur raison. Qu’ils se souviennent que c’est  » Dieu qui conduit dans les routes de la vérité et qui perfectionne les sages  » (Sap. VII, 15), et qu’on ne peut, sans Dieu, apprendre à connaître Dieu, le Dieu qui, par son Verbe, enseigne aux hommes à le connaître (S. Irenæus, lib. IV, cap. X). C’est à l’homme superbe, ou plutôt à l’insensé de peser dans des balances humaines les mystères de la foi, qui sont au-dessus de tout sens humain, et de mettre sa confiance dans une raison qui, par la condition même de la nature de l’homme, est faible et débile.

Au reste que les Princes nos très chers fils en Jésus-Christ favorisent de leur puissance et de leur autorité les vœux que nous formons avec eux pour la prospérité de la religion et des États ; qu’ils songent que le pouvoir leur a été donné, non seulement pour le gouvernement du monde, mais surtout pour l’appui et la défense de l’Église ; qu’ils considèrent sérieusement que tous les travaux entrepris pour le salut de l’Église, contribuent à leur repos et au soutien de leur autorité. Bien plus, qu’ils se persuadent que la cause de la foi doit leur être plus chère que celle même de leur empire, et que leur plus grand intérêt, nous le disons avec le Pape saint Léon,  » est de voir ajouter, de la main du Seigneur, la couronne de la foi à leur diadème « . Établis comme les pères et les tuteurs des peuples, ils leur procureront un bonheur véritable et constant, l’abondance et la tranquillité, s’ils mettent leur principal soin à faire fleurir la religion et la piété envers le Dieu qui porte écrit sur son vêtement :  » Roi des rois, Seigneur des seigneurs « .

Mais pour que toutes ces choses s’accomplissent heureusement, levons les yeux et les mains vers la très sainte Vierge Marie. Seule elle a détruit toutes les hérésies ; en elle nous mettons une immense confiance, elle est même tout l’appui qui soutient notre espoir (Ex S. Bernardo, Serm. de Nat. B.M.V., § 7). Ah ! que dans la nécessité pressante où se trouve le troupeau du Seigneur, elle implore pour notre zèle, nos desseins et nos entreprises les plus heureux succès. Demandons aussi, par d’humbles prières, à Pierre, prince des Apôtres, et à Paul l’associé de son apostolat, que vous soyez tous comme un mur inébranlable, et qu’on ne pose pas d’autre fondement que celui qui a été posé. Appuyé sur ce doux espoir, nous avons confiance que l’auteur et le consommateur de notre foi, Jésus-Christ, nous consolera tous enfin, au milieu des tribulations extrêmes qui nous accablent, et comme présage du secours céleste, nous vous donnons avec amour, vénérables Frères, à vous et aux brebis confiées à vos soins, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, le 18 des calendes de septembre, le jour solennel de l’Assomption de cette bienheureuse Vierge Marie, l’an 1832 de l’incarnation de Notre Seigneur, de notre Pontificat le deuxième.

GRÉGOIRE XVI, PAPE